Connaissez-vous vraiment les bienfaits et l’importance du Kiaï?

Connaissez-vous vraiment les bienfaits et l’importance du Kiaï?

Je crois que la chose qui déstabilise le plus les nouveaux pratiquants de karaté, c’est le fait de devoir apprendre «à crier»! Eh oui, en karaté il faut crier… faire des kiaïs.
Kiai! Kiaï? What is that et qu’est-ce que ça mange en hiver?

La définition sur Wikipédia est la suivante :

«Kiai (japonais), Chi-yi ou Qi-i ou Fa-sheng (en Chine), Het (vietnamien) ou Kihap (coréen), désigne dans les arts martiaux, le cri de combat qui précède ou accompagne l’application d’une technique. Ce cri est utilisé notamment pour marquer une volonté d’action, ou bien pour perturber la concentration de l’adversaire.»

Laissez-moi démystifier un peu tout cela

À première vue, un kiaï est un simple cri! Certains vous diront qu’il doit venir du bas ventre, d’autres qu’il doit jaillir de tout votre être et d’autres qu’il doit faire vibrer la terre entière. J’exagère un peu, mais l’image est là et les définitions sont multiples et varient selon les écoles et les instructeurs.

Personnellement, je crois que toutes les réponses s’équivalent. Tout dépend de l’utilisation que l’on en fait. Car, à la base, le cri, le Kiaï est un outil. Plusieurs facteurs affecteront son utilité et son efficacité tels que la durée, la force, l’endroit d’où il provient (gorge vs le bas ventre), etc.

Au fil des années, j’en viens à un constat, c’est difficile de faire un vrai kiaï! Le premier obstacle, c’est la gêne! Les gens ont peur du jugement… Qu’est-ce que les autres vont penser quand je vais crier? Dans mes débuts comme instructeurs, je trouvais étrange que les gens soient gênés de crier. Ceux qui me connaissent savent que la gêne n’est pas un de mes traits de personnalité. Il m’était donc difficile de me mettre dans leur peau. Pour moi, «crier» a toujours été facile, surtout avec ma voix qui porte fort et loin… Un précieux héritage familial!

Je dois faire une parenthèse ici, étant cuisinier de formation, parler fort, clair et franc était un de mes atouts lorsque je portais le tablier. «Parler» avec conviction est un outil essentiel au bon fonctionnement d’une cuisine dans le tintamarre de l’heure du dîner! Quand je dis que crier a toujours été facile, je ne définis pas le l’acte de façon négative et impolie, mais plutôt en termes d’outil dans certaines situations où cela est nécessaire, voire essentiel.

Et si le kiaï faisait réellement une différence?

karete kiaiUn jour, en enseignant,  j’ai été frappé par une idée… Et si le kiaï était un outil bien plus puissant que le simple fait d’effrayer l’adversaire et/ou de concentrer son énergie pour frapper avec plus de puissance? Si on utilisait cet outil comme mode d’expression? Pour permettre aux gens de sortir de leur coquille et de s’exprimer? Un formidable outil pour sortir le méchant qu’on a en dedans?

Sur la route de la fameuse ceinture noire, le karatéka aura l’obligation de vaincre sa gêne et de faire des kiaïs. Si un pratiquant veut que son kiaï soit efficace, il doit venir «d’en dedans», venir de ses tripes, il doit le VIVRE! Pour y parvenir, il doit lâcher prise et s’exprimer. Laisser sortir le méchant sans avoir la peur d’être jugé! Si on simplifie un peu les choses, il devra crier! Sortir un son fort, vif et franc! On ne se fera pas de cachette, le kiaï est une étape obligée pour tous les karatékas!

Depuis quelques années, j’aborde mon enseignement avec la perspective qu’apprendre à faire un vrai kiaï est un formidable outil de prise de confiance en soi.

karate kiaiJe crois fermement que si vous n’êtes pas capable de crier sur le tatami, il y a fort à parier que lors du stress intense d’une agression vous aurez de la difficulté à gérer vos émotions! Car pour moi, apprendre à crier en karaté sert à ça… Apprendre à gérer ses démons et ses émotions. Pensez-y une minute, comment puis-je produire un cri assez puissant pour déstabiliser brièvement une personne dans le moment critique, si je n’arrive même pas à le faire devant mes collègues sur le tatami? Il faut que ça vienne de «profond» et que ce soit bien senti. Je ne crois pas qu’il soit possible d’y parvenir sans entraînement assidu.

Pour terminer ce criant article, je vous laisse sur une phrase de mon cru…

«Un kiaï c’est comme une blague, si tu as besoin de répéter une deuxième fois, c’est parce que ça ne fonctionne pas!»

AYYIIIII!

 


Crédit photo pour cet article : Stéphane Audet
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